Le langage des arbres
Aujourd’hui, une question demeure : les forêts abritent-elles une forme de communication entre arbres, invisible à nos sens ? Quand les arbres se parlent : signaux et survie dans la forêt
Les arbres, véritables êtres vivants, perçoivent leur environnement et les êtres qui les entourent, qu’il s’agisse de la température, de l’humidité ou des composés chimiques émis par d’autres plantes. « Ils perçoivent des messages de leurs voisins. Ils font parfois la différence entre les espèces et entre leurs voisins, selon qu’ils appartiennent à la même espèce ou à la même famille », explique Marie Béatrice Bogeat-Triboulot, chercheuse à l'INRAE, UMR Silva en écophysiologie. Elle souligne que ces perceptions moduleraient leurs réponses, par exemple en réduisant la compétition avec un arbre proche génétiquement. Ainsi, lorsqu’un arbre est attaqué par des chenilles, il émet des molécules volatiles qui peuvent déclencher chez ses voisins la production de tanins protecteurs. Si l’intention derrière ces signaux reste controversée — « ce qui est discuté actuellement c'est : est-ce que c’est vraiment à dessein des voisins ou à dessein des autres branches du même arbre ? » —, il est certain que ces messages chimiques constituent un réseau d’alerte naturel, façonné par la sélection évolutive pour optimiser la survie et la résistance des arbres.
Les réseaux mycéliens : autoroutes souterraines de la forêt
Sous nos pieds, un monde invisible soutient la vie de la forêt : les réseaux mycéliens. Ces champignons tissent des filaments qui s’associent aux racines des arbres dans une symbiose bénéfique pour les deux partenaires. « Un tiers des sucres produits par les feuilles migre vers le système racinaire et est distribué à l’ensemble des partenaires, champignons mais aussi tout un ensemble de micro-organismes qui vit autour des racines », explique Francis Martin, directeur de recherches à l'INRAE, UMR Silva. Ces réseaux permettent aux arbres d’absorber plus efficacement eau et nutriments, tout en servant de voies de communication chimique entre les individus. Grâce à cette collaboration millénaire, les forêts fonctionnent comme un véritable réseau interconnecté, où chaque arbre bénéficie de la présence et de l’activité de ses voisins souterrains, renforçant ainsi leur résilience face aux stress environnementaux.
Les arbres et notre présence : entre perception et indifférence
Se promener en forêt, respirer l’air des arbres et même les enlacer procure un bien-être certain pour les humains. Mais qu’en est-il des arbres eux-mêmes ? S’ils ne ressentent pas les gestes affectueux de manière émotionnelle, ils perçoivent néanmoins leur environnement avec une grande sensibilité. « Si on les enlace, probablement les arbres perçoivent énormément de choses, notamment les vibrations », explique Marie Béatrice Bogeat- Triboulot, soulignant que cette perception inclut également le son, comme l’ont montré de nombreux travaux sur la sensibilité sonore des plantes. Le simple contact d’un tronc n’est pas toujours détecté, mais tordre une branche peut modifier la croissance de l’arbre. Plus réservé, Francis Martin rappelle que les arbres ont évolué bien avant l’apparition de l’être humain : « Ils sont sur Terre depuis 380 millions d’années, nous à peine un million », souligne-t-il, estimant qu’« ils n'en ont rien à faire des humains ».
