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Elles mangent de la bonne herbe et elles aiment ça !

Le 30 avril 2026

Elles mangent de la bonne herbe et elles aiment ça !

Ici, on est loin de la production intensive et ça fait du bien. Bienvenue en Gironde, où le gérant du magasin Biocoop Mérignac nous emmène chez deux de ses producteurs locaux : son nouveau voisin, Quentin Gross, maraîcher en ville, et l'incontournable ferme familiale des Jarouilles en polyculture-élevage, près de Libourne, où Uppercut le bouc nous accueille. Deux modèles d'agriculture paysanne bien campés dans leur terre. Allez, go !

Pascale Solana.

Ici, on est loin de la production intensive et ça fait du bien. Bienvenue en Gironde, où le gérant du magasin Biocoop Mérignac nous emmène chez deux de ses producteurs locaux : son nouveau voisin, Quentin Gross, maraîcher en ville, et l'incontournable ferme familiale des Jarouilles en polyculture-élevage, près de Libourne, où Uppercut le bouc nous accueille. Deux modèles d'agriculture paysanne bien campés dans leur terre. Allez, go !

 

Pascale Solana.

« Mes bottes sont dans le coffre de ma voiture. Et, pour rencontrer des producteurs locaux, je suis toujours prêt à sauter dedans», lance Bruno Delmon, gérant du magasin Biocoop de Mérignac, technicien agricole de formation. OK, Bruno! Nous avons oublié les nôtres, malgré la météo de cette fin d’automne, mais on te suit et on commence par visiter Quentin Gross, à deux pas. Ça tombe bien, le maraîcher a fini sa tournée matinale. Sitôt cueillis, sitôt livrés: en une heure, ses légumes débarquent chez tous ses clients, tels Bruno Delmon et plusieurs autres du réseau Biocoop, à Pessac, Cestas…Mérignac, l’une des communes de Bordeaux Métropole, est la deuxième agglomération du département. C’est là que Quentin a planté sa ferme urbaine, entre les pavillons, les immeubles, des bois et des vignes. Pas de traitements aux pesticides, assure Bruno, ce sont des parcelles de pessac-léognan, l’élite des crus. L’Inrae (Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement) y expérimente. Ouf, car selon l’association Générations Futures, la Gironde est le département qui avale le plus de pesticides, surtout en viticulture… De toutes façons, les terres de Quentin Gross étaient des prairies en friche. «Et elles ont été passées au peigne fin», dit-il, tranquille. Installé depuis deux hivers, il a remporté l’appel à candidatures de Mérignac. La ville souhaitait installer un maraîcher sur deux hectares de ses terres communales pour alimenter ses six crèches municipales.

Abel et Laure Tite, frère et sœur.

10 L

de lait par kilo de fromage. Une tome pèse 2 kg.

24 H

C'est le temps qu'il faut avant de démouler la tome. Ensuite, deux à trois mois sont nécessaire pour l'affiner.

Là, on se dit que les Mérignacais sont chanceux

«Les serres, les clôtures, le local pour stocker les légumes, etc., toute l’installation est financée par la ville, explique le maraîcher, qui s’estime aussi chanceux que la centaine de bébés qu’il régale. Je cultive environ 35 légumes différents au rythme des saisons, avec une obligation qui m’arrange bien: travailler en agriculture biologique! Les fertilisants organiques que j’utilise proviennent principalement d’une ferme bovine du coin. Les crèches ne représentent qu’une petite part de ma production car leur demande est très pointue. Pas plus de deux fois le même légume sur un temps donné. Du coup, je développe des circuits de vente complémentaires.» Les petits Mérignacais ont déjà été invités à découvrir la ferme et à planter. Quant aux habitants, ils ont choisi son nom, la Ferme des chênes, en raison du boisement autour du terrain et du roi de la parcelle, un arbre balèze. Il y a par ici «une dynamique de territoire», comme les aime Bruno Delmon, fan du projet. «Il faut reconquérir l’autonomie alimentaire perdue de la ville», martèle-t-il en se lançant dans l’historique de sa région natale.

À ruminer

17,7 %

de surfaces bio (France : 10,1 %)

22,5 %

de fermes bio (France : 14,9 %)

1er

département bio de Nouvelle-Aquitaine

1er

département viticole bio de Nouvelle-Aquitaine en surface et 1er à l'échelle nationale (Agence bio)

In vino n'est plus veritas

Longtemps, les côteaux de la rive droite de la Garonne ont nourri Bordeaux. La rive gauche et les alentours de Mérignac vivaient au rythme des inondations. Les barques faisaient même partie du décor. Ça, c’était avant l’avènement de la vigne, «relativement récent», souligne Julie Perez, coordinatrice et conseillère territoriale à Agrobio Gironde. C’est aujourd’hui la première production agricole bio girondine, juste devant l’élevage. Mais entre désamour du consommateur pour le vin, aléas climatiques sévères, puis maladies (2024), surproduction, marchés internationaux en tension…, bio ou pas, la filière est en crise. Les uns dénoncent un modèle intensif, lesautres prônent la réduction des volumes parl’arrachage financé par l’État. Ce contexte provoque des cessations d’activité et des départs à la retraite. «La bio n’est pourtant pas un handicap pour le vin, plaide Julie Perez. Au contraire, parce qu’elle est plus dans une logique de qualité que de quantité, à la différence des filières céréalières, par exemple, où il faut beaucoup de rendements pour tenir.»

Le baiser d'Uppercut le bouc câlin, derrière Arnica la chèvre.

Le bonheur est définitivement dans le pré

Et après la vigne? Une fois les ceps arrachés, les parcelles peuvent devenir des prés, ce qui permet de stocker le carbone dans les sols, moyennant primes. Chez Agrobio Gironde, on pense que la solution n’est pas de recommencer des monocultures comme l’olive ou le kiwi, qui ont la cote. Ou encore la noisette, cette goinfre en eau en conventionnel. «Ce n’est pas l’avenir. Nous, on encourage la diversification, laprairie par exemple, avec des productions complémentaires, comme des élevages devolailles ou d’ovins, etc. Mais tous lesagriculteurs n’ont pas des sols adaptés, l’appétence et la compétence…» Le goût et la compétence pour les animaux, la famille Tite les cultive. C’est la deuxième ferme que Bruno, autant à l’aise dans ses bottes que dans ses rayons, nous fait visiter. Direction le nord, à Coutras, près de Libourne. Dans le département, la ferme des Jarouilles est connue comme le loup bio. C’est un modèle de polyculture élevage équilibré qui a fait ses preuves. Jarouilles? Ça veut dire «chênes» en patois. Décidément…

LE MOT DU GÉRANT

"Je m'éclate ici, parce que chaque produit a une histoire !"

«Je voulais devenir colibri. Celui qui, dans le conte amérindien, fait sa part pour éteindre le feu de la forêt malgré sa taille. Mon magasin est né de ce souhait. Je l’ai voulu à taille humaine, dans un quartier, pas dans une zone commerciale, parce que mon projet de base, c’est l’ancrage territorial qui crée du lien. Tenez, ces étagères… Bois des Landes d’un Esat (centre d’aide par le travail). Ce présentoir? Réalisé par les élèves du lycée pro voisin. Ici, la monnaie locale, la gemme, peut circuler. Dans chaque famille de produits, nous faisons en sorte qu’il y en ait au moins un local, même si, honnêtement, c’est plus compliqué à gérer. Nous avons 84 fournisseurs locaux. On vise 25 % d’achats locaux. Je me définis comme un épicier qui propose des produits biologiques, sains, qui ont du caractère et qui donnent du plaisir. Je m’éclate ici, parce que chaque produit a une histoire!» Comme Biocoop Mérignac n’a jamais eu de nom propre, son fondateur pense laisser la main aux clients pour en trouver un à l’occasion de ses vingt ans, cette année. Lui, verrait bien quelque chose autour du chêne… 

Bruno Delmon, gérant du magasin Biocoop Mérignac

Bruno Delmon, gérant du magasin Biocoop Mérignac
Quentin Gross, 38 ans, maraîcher à Mérignac, avec son chien Kawaï

Quentin Gross, 38 ans

Maraîcher à Mérignac, avec son chien Kawaï

Comptable durant quinze ans, jusqu’à l’appel de la terre! Après du woofing* pour voir si le rêve peut prendre racine, un brevet professionnel de responsable d’entreprise agricole (BPREA), sésame de l’installation et des prêts bancaires, et un test en couveuse agricole, Quentin, l’ex-urbain, est retenu par la ville de Mérignac pour s’installer en maraîchage. «En fermage. Je ne suis pas propriétaire de ma terre mais j’ai échappé à la pression des emprunts. Je me sens libre. Heureux.» 

 

*Le woofing permet de s’initier aux techniques bio auprès d’un agriculteur contre le gîte et le couvert.

Un jeu de famille

Dans la ferme, les vaches les plus anciennes, rentrées seules du pré à l’étable à l’air libre, nous accueillent. Ou plutôt, rappellent que l’heure de la traite approche. Ici, c’est deux fois par jour, sauf le dimanche: repos pour tous. Y compris pour la soixantaine de chèvres dont s’occupe Laure, la fille. Dans la famille Tite, vous pouvez aussi demander le frère, Abel, du côté des vaches. Si vous voulez la mère, vous la trouverez à la fabrication des fromages ou à la boutique. La majeure partie de leur production est vendue en circuit court dans la douzaine de magasins Biocoop alentour et dans les cantines de Bègles. Le reste est collecté par Biolaitgroupement 100 % bio sociétaire de Biocoop. Les yaourts, le beurre ou les divers fromages de vache sont fabriqués toute l’année. La production laitière des chèvres s’arrête de décembre à janvier lors des gestations. Elle reprend en février, avec les bûches et les tomes fraîches.

Écouter l'herbe pousser et les vaches brouter

Au total, huit personnes s’activent dans cette ferme de 120 hectares, dont 25 en céréales. En plus des chèvres, veaux, vaches, il y a les cochons. Ils sont une trentaine, qui batifolent bruyamment dans leur pré. Et encore deux chevaux de trait, trois chiens, un chat. Oui, çaoccupe. «La ferme est autonome», c’est-à-dire capable de nourrir tous ses animaux, résume Abel. Laurent, le père, y a beaucoup travaillé. Il raconte la disparition progressive des bovins dans le paysage, accélérée par lesquotas laitiers dans les années 1980… Lui, à contre-courant, passe au bio en1998, perfectionne son écosystème, fait évoluer son troupeau. À la place des super laitières que sont les holstein (8000 l de lait/an environ), ilchoisit des montbéliardes et se voit confier, pour leur sauvegarde, des petites bordelaises, une race mixte locale à la robe tachetée de noir (3000 l de lait/an environ). «Elles se contentent de manger ce qu’elles trouvent», précise-t-il. C’est-à-dire… de l’herbe. Et, chez les Tite, on ne plaisante pas avec l’herbe. Tout juste si on ne l’écoute pas pousser avec le pâturage tournant dynamique. «Cela consiste à faire tourner assez souvent les animaux sur de toutes petites parcelles afin de permettre larepousse régulière», explique Abel Tite. On doit faucher pile-poil au bon moment ou encore laisser l’herbe sécher dans le pré de sorte que, en cas de sécheresse, les bêtes puissent encore brouter ce genre de foin. Le sol, ainsi protégé, permet aux graines de lever à nouveau sans griller. L’idée est de s’adapter au changement climatique et de simplifier le travail.

On préfère le lait d'herbe, bio et logique !

Le lait de ses vaches bien nourries n’a rien à voir avec ce que Laurent Tite appelle sans rire du «lait d’amidon» issu de pures laitières, des «formules 1» aux repas trop riches, gavées au maïs irrigué et au soja importé. Le saint-jarouilles, fromage qui s’exhibe au rayon traiteur du magasin Biocoop de Mérignac, ne le fait pas mentir. Abel s’apprête à prendre la suite de son père, bientôt à la retraite. «Les changements, dit-il, sont le bon moment pour repenser l’avenir.» Il réfléchit à l’organisation. Comme lui ou Quentin le maraîcher, atypique, locataire d’une terre directement vouée au bien commun, d’autres, souvent des nouveaux paysans, projettent un autre futur. «On commence àvoir percer des innovations, on sent lecollectif porteur», observe Julie Perez. Ça bouge en campagne. Mais où est passé notre commerçant? Retour en ville, dans ses rayons. Il a quitté les bottes et installe les fromages. Bonne idée. Quand est-ce qu’on mange, Bruno?

-1,8 %

Pour la première fois, la région Nouvelle-Aquitaine enregistre une baisse du nombre de producteurs bio.

Abel Tite, 38 ans

Ferme des Jarouilles, Coutras

«J’ai une formation d’ingénieur agronome en production végétale. J’ai travaillé dans une coopérative bretonne de semences biologiques après du volontariat dans une ferme au Nigeria, dans l’enseignement et l’administratif. Aujourd’hui, je suis revenu à la ferme familiale, que je m’apprête à reprendre avec ma sœur. En mode bio, la question ne se pose pas!»